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Page 1 sur 2 Depuis un quart de siècle le concept de diversité est à l'ordre du jour. Les progrès rapides de l'astrophysique grâce à des vaisseaux spatiaux et des télescopes de plus en plus sophistiqués nous ont permis de mieux connaître les planètes et les satellites du système solaire ; et depuis dix ans les exoplanètes gravitant autour d'autres soleils. Or contrairement à ce que l'on croyait chacun de ces astres a ses caractéristiques propres révélant une incroyable "cosmo-diversité" totalement insoupçonnée jusque là. Durant ce même quart de siècle l'explosion des moyens de communication de masse ont permis à chaque terrien de découvrir l'extraordinaire "ethnodiversité" de la planète : diversité des cultures, des traditions, des ethnies, des religions, des langues etc.
La diversité, une loi de la nature
Entre cette cosmodiversité en amont -à laquelle on pourrait ajouter la "chimiodiversité" des atomes et des molécules- et cette ethnodiversité en aval se situe la biodiversité, celle qui touche l'ensemble des êtres vivants. Il n'est pas un seul milieu naturel ou artificiel, forêt ou jardin, steppe ou champ cultivé, désert ou océan, où nous ne reconnaissons pas aisément la riche diversité des espèces qui le peuplent. Cette diversité est une loi de la nature ; d'ailleurs elle ne touche pas seulement les espèces mais aussi les individus de chacune d'elles. Hormis les vrais jumeaux, pas deux visages qui se ressemblent ce qui permet de mettre un nom sur chacun et d'identifier sans effort nos frères en humanité. Mais cette diversité intraspécifique -au sein d'une même espèce- n'est pas le propre de l'homme. Pas deux vaches ou deux chiens au pelage tacheté qui se ressemblent, pas deux chênes, pas deux sapins, même si ces différences souvent minimes nous échappent en raison du manque d'attention que nous leur portons. Qui d'entre nous aurait l'idée de prêter attention à ce qui fait que deux épicéas ou deux violettes ne sont point exactement identiques ?
Identifier les espèces vivantes, en décrire les caractères, les classes, établir leurs fonctions au sein des écosystèmes auxquels elles appartiennent, telle est la tâche des naturalistes et des écologues malheureusement trop peu nombreux. Massivement remplacés dans les universités et les instituts de recherche par des spécialistes de biologie moléculaire et de génétique dont l'influence est sans cesse grandissante au sein de la biologie, ils se trouvent bien démunis pour mener à terme l'immense inventaire des espèces vivantes peuplant la planète :étrange paradoxe en vérité au moment où l'on parle tant de préserver les espèces, les espaces, les écosystèmes dont on imagine mal comment on pourrait les protéger sans même les connaître.
Inventaire de la biodiversité
Depuis deux siècles et demi et grâce au grand naturaliste suédois Carl Von Linné, on identifie, on répertorie, on classe. Pas moins de 1 800 000 espèces ont ainsi pu être décrites et ce chiffre est abondé chaque année par environ 16000 espèces nouvelles. Au sein de cette vaste famille des espèces vivantes connues, les insectes forment le contingent le plus important avec un million d'espèces, immédiatement suivi par celui des plantes supérieures qui en représentent 270000. Viennent ensuite les mollusques avec 85000 espèces, les crustacés avec 55000, les poissons avec 29000, suivis par des contingents plus modestes : 9900 espèces d'oiseaux, 8200 de reptiles, 5400 de mammifères. Toutes les algues, les champignons et surtout les êtres microscopiques, bactéries et virus sont encore bien loin d'être connus. On estime par exemple que seules 5% des bactéries des sols ont à ce jour été identifiées.
Mais que représentent au juste ces chiffres, par rapport à la totalité des espèces vivant sur la planète. En fait la biodiversité connue croît au fur et à mesure des efforts que l'on déploie pour l'inventorier. Un inventaire détaillé du parc national américain de Great Smocky Mountains a permis de découvrir pas moins de 3358 espèces inconnues et il en va de même des grandes explorations naturalistes mises en œuvre dans des régions encore peu connues, notamment dans la ceinture intertropicale. D'où cette question : combien y-a-t-il en réalité d'espèces vivantes sur la planète ? Une question à laquelle nul ne peut aujourd'hui répondre, les estimations oscillant dans une fourchette de 5 à 50 millions d'espèces avec peut-être une estimation raisonnable allant de 10 à 15 millions c'est-à-dire 8 fois plus que ce qui est aujourd'hui connu. Beaucoup de pain sur la planche donc pour les naturalistes d'autant qu'aujourd'hui on ne se contente plus d'une simple description morphologique de l'espèce mais que l'on tente de percer les secrets de son génome et de comprendre ses fonctions au sein des écosystèmes et les multiples relations de coopération et de compétition qu'elle entretient avec les espèces qui partagent avec elle les mêmes milieux.
Le dense maillage des interrelations entre espèces est à la base des équilibres de la nature, qu'il s'agisse de relations antagonistes ou hostiles comme la prédation ou le parasitisme entre espèces reliées les unes aux autres au sein des chaines alimentaires ; se pose alors la question de savoir qui mange qui et qui mange quoi. Ou qu'il s'agisse au contraire de relations amicales d'entraide, de symbiose, de mutualisme ou de commensalisme -le partage de la nourriture- entre espèces se rendant des services mutuels. Car la subtile dialectique de la compétition et de la coopération est la loi immémoriale de la nature.
La 6ème extinction des espèces
Or cette riche biodiversité encore si mal connue subit une érosion d'autant plus forte et rapide que l'action de l'homme sur la nature génère des déséquilibres qui privent de nombreuses espèces des conditions de vie et d'habitat qui leur sont nécessaires pour survivre. Mais là encore nous sommes dans l'ignorance quant à l'intensité des pertes en biodiversité. Selon les modèles et les auteurs, celles-ci seraient de 50 fois à 1000 fois plus rapides qu'elles ne seraient si l'homme ne transformait la terre avec ses moyens techniques chaque jour plus puissants mais aussi plus destructeurs.
On sait qu'à l'instar des individus les espèces elles-aussi sont mortelles. Leur longévité moyenne serait de l'ordre de cinq millions d'années dans les conditions naturelles hormis toute intervention humaine. Or selon Robert Barbaut, l'un de nos meilleurs spécialistes en matière de biodiversité, rien que pour les vertébrés dont on ne devrait perdre en moyenne qu'une espèce par siècle, on enregistre pour le seul 20ème siècle plus de 260 extinctions. L'Union Internationale de conservation de la nature (UICN) publie régulièrement un livre rouge où figurent les espèces menacées. Elle en répertorie environ 17000, un chiffre évidemment bien inférieur à la réalité puisqu'il faudrait, pour avoir une vue exhaustive de l'intensité des extinctions, une myriade de naturalistes observateurs sur le terrain qui chacun suivrait l'évolution des menaces et des extinctions pour les différentes espèces connues, tâche extraordinairement ambitieuse avec les moyens scientifiques actuels. Qui pourrait dire aujourd'hui combien d'insectes ou de tout autre groupe animal ou végétal disparaissent et ce malgré l'action de la CITES organisme international né de la convention de Washington visant à la protection des espèces vivantes. Un fait cependant s'impose à l'évidence : nous accélérons prodigieusement le rythme des extinctions et il n'est pas faux de dire que l'homme est responsable de la sixième grande extinction des espèces après celles produites par des désastres géologiques, chutes de météorites ou volcanisme intense ; au cours des temps géologiques, à la fin des ères primaire et secondaire en particulier.
Les causes de ces extinctions sont connues. En premier lieu sans doute les déforestations massives des grandes forêts tropicales. Selon la FAO, l'Organisation des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture, chaque année environ 940000km2 de forêts disparaîtraient, un chiffre porté à 150000km2 selon d'autres estimations, soit une superficie égale à plus du quart de celle de la France. Or l'essentiel de la biodiversité se concentre dans la ceinture intertropicale. Lorsqu'une forêt disparaît brûlée pour y installer des champs agricoles, inondée pour créer des barrages ou détruite au bulldozer pour l'exploitation du bois, les espèces inféodées aux arbres, végétales ou animales, disparaissent en même temps, comme d'ailleurs les Indiens et leur culture. Dans ces forêts où l'humus est rare, l'entrainement par les pluies diluviennes du sol vers les rivières, appauvrit leur microfaune et détruit la faune piscicole asphyxiée par ces eaux limoneuses.
L'assèchement des zones humides, très riches en biodiversité, aboutit aussi à de lourdes pertes. Et que dire des grands travaux de génie civil qui réduisent chaque année les espaces naturels ou cultivés à un rythme de pas moins de 600 km2 par an en France soit plus du dixième de la superficie d'un département. Raison pour laquelle des études d'impact doivent impérativement être menées avant l'ouverture des grands chantiers pour tenter de sauver la faune et la flore menacées [..]
 Retrouvez cet article en version audio dans un entretien en 3 parties avec le Professeur Jean-Marie PELT sur le site de la webradio Europa21
Partie 1 : Rencontre avec Jean-Marie PELT Partie 2 : Rencontre avec Jean-Marie PELT Partie 3 : Rencontre avec Jean-Marie PELT
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